
Je dois admettre que mon scénario “la 666ème guerre mondiale est déjà terminée” est tombé… à l’eau.
Plus exactement, dans les eaux du détroit d’Ormuz. Un noeud de navigation devenu aujourd’hui un noeud gordien.
Trump NE PEUT PLUS annoncer la “victoire” en mode “mission accomplie” (copyright Bush 2003) et remballer le matos et sa Grande Armada.
C’était possible pendant quelques jours, juste après la frappe de décapitation sur Téhéran le 28 février. Cela aurait dû être le plan. Et c’était un bon plan (du moins pour dissimuler l’échec -relatif- de l’opération).
Mais aujourd’hui, ce détroit bloque tout, au sens littéral. Il empêche la résolution du conflit : on ne peut plus reculer ni avancer.
Désormais, Téhéran ose en revendiquer la pleine propriété, en y ajoutant même un “droit à péage”.
Une telle prétention est bien entendu inacceptable pour l’empire de l’Ouest dont l’unique obsession demeure : les flux de pétrole, the spice must flow.
Les objectifs et prévisions des israélo-américains ont tous échoué depuis le 28 février :
- pas de changement de régime
- pas de révolte populaire
- pas d’épuisement des stocks de missiles et de drones
… et ce malgré l'”anéantissement” des capacités militaires et industrielles iraniennes, claironné quotidiennement par la Maison Blanche, le Pentagone et Tel Aviv.
Ici, c’est binaire : soit on pense que dans quelques jours, l’Iran va effectivement s’effondrer. Et alors tout va s’arranger.
Soit, Téhéran tient le coup et il faut alors trouver une porte de sortie.
Pourrait-on imaginer un vaste “deal” ? Une paix négociée permettant un retour à la normale dans le détroit ?
Peu probable tant les positions des uns et des autres apparaissent distantes, comme des galaxies lointaines, et tant les acteurs sont nombreux.
Conclure rapidement un tel accord paraît encore moins probable (en raison de la complexité du dossier, bien davantage que l’enrichissement de l’uranium qui a provoqué des années de discussion).
Que cet accord soit régional ou même sous l’égide de l’ONU… c’est de facto un sac de noeuds global.
Alors, que peuvent faire les Etats-Unis en tant que première puissance mondiale ?
- poursuivre la guerre. Pourrait durer des mois. Et en attendant, la victoire stratégique iranienne serait éclatante… Son intégration aux Brics serait accélérée. Une catastrophe géopolitique. Sans parler des dégâts infligés à l’économie mondiale et donc à l’économie américaine (pas du tout “isolée” contrairement à ce que raconte Trump).
- jouer l’escalade et tenter un nouveau coup de poker en mode “tapis” : l’assaut terrestre contre Kharg afin de couper les vivres à l’Iran et de monnayer l’ouverture du détroit. C’est le principe du joueur qui a déjà perdu une somme conséquente et qui tente de se refaire. Risques considérables, avec en prime, les cadavres de nombreux Marines…
Bref, Trump n’a plus de bonne solution.
Ce conflit, même s’il s’inscrit dans une continuité historique évidente (le déclin occidental) n’est pas comparable avec la guerre russo-ukrainienne. Les enjeux sont bien plus élevés (hydrocarbures, pétro-dollar, avènement de la Chine et bien sûr la liberté de navigation, l’essence, sans mauvais jeu de mot, de l’empire de l’Ouest).
Enfin, n’oublions pas la présence d’un chien dans le jeu de quilles, à savoir Israël… véritable chien fou. Il pourrait bordéliser encore davantage la guerre.
Voilà ce qui rend la situation dangereuse. Tout pousse au crime, en favorisant l’irrationnel :
- la pensée magique (“l’Iran va s’effondrer la semaine prochaine, on va gagner“)
- la chance, le coup de poker, le gros lot du loto (“la conquête de Kharg nous donnera la victoire finale“)
- l’hubris (“nous avons l’armée la plus puissante de l’univers, c’est tout“)
POST-SCRIPTUM
Il y a trop de bruits, trop d’annonces, trop de “fuites“, trop de titres délirants dans la presse occidentale. Et si la cible de l’assaut terrestre n’était pas l’île de Kharg ni le détroit d’Ormuz… mais l’intérieur du pays ?
En clair : une intox.
Des commandos parachutistes seraient largués simultanément sur les fameuses “villes de missiles“, souterraines, là où l’Iran stocke ses armements.
Ces sites sont montagneux. Tout renfort envoyé par Téhéran, forcément par la route, serait détruit (par l’aviation US).
Les commandos se battraient avec l’effet de surprise mais de manière conventionnelle (pas de missiles, pas de drones FPV contre eux). Objectif : détruire, saboter ces sites de l’intérieur (avec des explosifs et/ou des armes chimiques).
Une opération audacieuse et surtout courte dans le temps qui collerait assez bien à la psyché de Trump.
Si le plan réussit alors défaite stratégique de l’Iran qui perdrait sa capacité de nuisance.
Le détroit d’Ormuz pourrait être repris, plus tard, avec beaucoup plus de facilité.

One reply on “Poker ormuzien : le risque “tapis””
Il y a une sorte de fascination morbide à écouter Trump.
Alors que les enjeux sont démentiels, que les “négociations” sont hyper tendues, que la situation militaire dérape… Trump donne une interview au Financial Times (publiée ce jour)…
Il dit qu’il veut PRENDRE LE PETROLE IRANIEN.
En toute simplicité.
😉
« Franchement, ce que je préfère, c’est prendre le pétrole iranien, mais certains idiots aux États-Unis se demandent : “Pourquoi faites-vous ça ?” Mais ce sont des idiots », a-t-il déclaré.
« On prendra peut-être l’île de Kharg, peut-être pas. On a plusieurs options », a déclaré Trump au Financial Times. « Ça voudrait dire qu’on devrait être là-bas [à Kharg] pendant un certain temps. »
Interrogé sur l’état des défenses iraniennes à Kharg, il a répondu : « Je ne pense pas qu’ils aient de défense. On pourrait la prendre très facilement. »
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C’est toujours la même question qui taraude : Trump est-il fou… ou participe t-il à l’opération d’intox (visant à faire croire que l’île de Kharg serait la cible) ?
Au-delà, il y a surtout l’ingénuité de Trump qui n’a pas peur de parler vrai… L’Iran a TOUJOURS été une question pétrolière. RIEN D’AUTRE.
C’est l’alpha et l’omega.
Le pétrole EST la géopolitique, et la géopolitique EST le pétrole.
Quand je pense que les gogos sont restés au stade anal : Gog Magog, le Retour du Messie (1 et 2), le Grand Israël, etc.
C’est à se péter les boyaux de rire.