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Ormuz : et maintenant la guerre “humanitaire” contre l’Iran

Trump n’a rien perdu de ses capacités de trollage

Trump reprend la main. Et de manière assez fine.

Souvenez-vous… Il y a une semaine, c’était “No more Mister Nice Guy” avec un flingue. Et maintenant ? C’est le Papy Liberté !

L’empire de l’Ouest a toujours besoin d’une “narration”, d’une histoire pour justifier ses actions.

Trump réinvente donc l’acte de guerre “humanitaire” !

  • L’Iran bloque le détroit d’Ormuz.
  • Les Etats-Unis bloque l’Iran (blocus naval).
  • Les Etats-Unis vont désormais “escorter” -à la demande des pays tiers- leurs navire qui “n’ont rien fait de mal, qui sont neutres et des témoins innocents” pour qu’ils puissent sortir du détroit.

C’est un geste “humanitaire” (il utilise 2 fois le mot dans son message et plusieurs fois les mots “liberté/libérer“).

L’opération s’appelle… “Projet Liberté“. 😉

Elle commence ce lundi matin.

Du grand art.

La provocation est évidente (ainsi que le trollage) et il s’agit comme souvent avec les Etats-Unis de pousser l’adversaire à la faute afin de nourrir une “narration” (ils sont méchants, ils m’ont attaqué en premier, c’est Pearl Harbor, l’incident du Golfe du Tonkin, 9/11 etc.).

L’Iran a désormais deux possibilités :

  • se coucher : défaite stratégique. Son arme ne fonctionne plus. Sa revendication de propriété sur le détroit d’Ormuz s’effondre.
  • réaffirmer son arme et son droit de propriété… en attaquant la flotte US ou les navires marchands (pour les effrayer et les dissuader de tenter le passage)

Que les choses soient claires : les Etats-Unis veulent “se faire” l’Iran (d’une manière ou d’une autre).

Téhéran, logiquement, va devoir réagir.

Il existe toutefois une 3ème voie : le ni-ni !

Imaginez si AUCUN navire ne demande la “protection américaine” (terrifiés d’être pris en étau entre l’Oncle Sam et les Mollahs)… Ce serait ironique. Pas impossible.

Et on pourrait même concevoir une 4ème solution : l’Iran coule un navire marchand (au milieu du détroit). Ce serait une manière indirecte de réaffirmer son autorité SANS attaquer les Etats-Unis.

Une chose semble certaine : il y aura escalade.

Voici la traduction du message de Trump (qui cela se sent, n’a pas du tout été écrit par lui) (les passages soulignés sont de mon fait).

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Des pays du monde entier, pour la plupart étrangers au conflit qui fait rage au Moyen-Orient, ont sollicité l’aide des États-Unis afin de libérer leurs navires, bloqués dans le détroit d’Ormuz.

Ce conflit ne les concerne absolument pas : ils sont de simples spectateurs neutres et innocents.

Dans l’intérêt de l’Iran, du Moyen-Orient et des États-Unis, nous avons assuré à ces pays que nous guiderons leurs navires hors de ces voies navigables restreintes, afin qu’ils puissent reprendre leurs activités librement.

Il s’agit de navires provenant de régions du monde totalement étrangères aux événements actuels au Moyen-Orient.

J’ai chargé mes représentants de les informer que nous mettrons tout en œuvre pour libérer leurs navires et leurs équipages du détroit. Ils ont tous indiqué qu’ils ne reviendraient pas tant que la zone ne sera pas de nouveau sûre pour la navigation.

Cette opération, baptisée « Projet Liberté », débutera lundi matin, heure du Moyen-Orient. Je suis pleinement conscient que mes représentants ont des discussions très positives avec l’Iran et que ces discussions pourraient aboutir à une issue très favorable pour tous.

Le déplacement des navires vise simplement à libérer des personnes, des entreprises et des pays qui n’ont absolument rien fait de mal ; ils sont victimes des circonstances. Il s’agit d’un geste humanitaire de la part des États-Unis, des pays du Moyen-Orient et, en particulier, de l’Iran.

Nombre de ces navires manquent de vivres et de tout le nécessaire pour que leurs équipages puissent vivre à bord dans des conditions sanitaires optimales. Je pense que ce serait un grand témoignage de bonne volonté envers tous ceux qui se battent avec tant d’acharnement depuis plusieurs mois.

Si, de quelque manière que ce soit, ce processus humanitaire est entravé, cette entrave devra malheureusement être traitée avec fermeté.

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Guerre contre l’Iran : revenir aux fondamentaux sino-américains

“Regardez comme la Chine est proche de nos bases militaires. Elle menace notre sécurité ! C’est intolérable !”

Comme vous le savez, Trump a publié dimanche un énième message délirant (“No More Mr. Nice Guy. It’s time for the Iran killing-machine to end. “).

J’avais pris pour habitude de les publier en commentaires pour l’édification de mes lecteurs.

Mais là, quelque chose à changé. Je me suis dit in petto : “A quoi bon ? C’est du bruit”.

Nous sommes obsédés par Trump et ses déclarations contradictoires, folles, hystériques qui se suivent et s’entrechoquent telles des rafale de Kalachnikov, pardon, de M16.

Conséquence : nous devenons aveugles.

Je vous propose de revenir aux fondamentaux et ces derniers nous mènent vers le côté sombre.

Il y en a 2 :

tous les présidents depuis Jimmy Carter ont fait la guerre contre l’Iran. Non, Barack Obama n’est absolument pas une exception malgré son accord JCPOA… car il a détruit la Syrie (clé évidente et étape évidente dans la guerre au long cours contre l’Iran).

-la guerre sino-américaine. Elle n’existait bien entendu pas en 1979, mais elle est devenue le fait géopolitique du 21ème siècle. Elle est sous-tendue par le “piège de Thucydide” (autre évidence historique et géopolitique).

Ces 2 fondamentaux convergent, focalisent sur l’Iran.

Depuis début mars, je répète que l’oncle Sam a commis une erreur, mais en même temps, je comprends la rationnalité du coup de poker tenté.

Ma conclusion me semblait donc logique : Washington va déclarer la victoire intergalactique (Trump sait très bien faire) et quitter rapidement ce bourbier.

Puis reprendra, pépère, la guerre “silencieuse” contre l’Iran, celle qui dure depuis 50 ans.

L’asymétrie paraissait trop flagrante : d’un côté, coup de poker raté pour les Américains, de l’autre conflit existentiel pour les Iraniens.

Voilà donc qui justifiait la retraite en bon ordre, pardon le regroupement.

J’ai peur d’avoir fait une grosse erreur en oubliant la guerre sino-américaine.

Sous ce prisme alors la réalité apparaît : le conflit est bel et bien EXISTENTIEL pour les Etats-Unis !

Voilà pourquoi ils ne reculeront pas.

Une défaite face à l’Iran (même emballé sous les salades spectaculaires de Trump) signerait, de fait, la fin de l’impérium américain.

Pékin, excité par l’odeur du sang, sonnerait l’hallali.

Cela permet d’expliquer l’hystérie qui s’empare de Washington (l’agitation, voire la panique ne sont pas feintes).

Il y a vraiment eu au départ une erreur de calcul (le coup de poker de la décapitation). Cet échec est bien plus signifiant qu’on peut le penser.

Et donc maintenant, la machine de guerre américaine n’a plus le choix (d’où l’envoi de troupes, le blocus naval contre l’Iran, l’attaque et la saisie d’un cargo iranien, etc.). Elle s’emballe. Elle doit s’emballer.

On voit bien que les pseudos “négociations” ne mènent à rien. Et pour cause.

Les Etats-Unis NE PEUVENT PAS négocier. Et inutile de rappeler que l’Iran ne le peut pas non plus (le régime iranien joue sa peau, au sens propre).

Ils doivent donc anéantir l’Iran, en finir avec le régime, seul moyen de contenir l’émergence de l’empire du Milieu et de conserver leur rang d’empire de l’Ouest.

Je parle de volonté. Pas forcément de résultat.

Mais la voie semble tracée.

Comme au bon temps de la guerre froide, les 2 puissances ne s’affrontent pas directement. Elles se battent par proxy. L’Ukraine bien entendu et maintenant l’Iran.

Deux guerres chaudes sans fin.

Très chaudes.

POST-SCRIPTUM

Trump est prêt à se sacrifier. Dernier mandat.

Personnellement, il joue sa place dans l’Histoire. Il est donc très motivé, comme son état profond. Alignement parfait des planètes.

Voilà pourquoi, il se contrefout de ses électeurs et donc des répercussions politiques (les mid terms de novembre) et économiques (inflation).

Le pays a de quoi faire en hydrocarbures (c’est un fait). Il peut donc tenir le siège.

Tous les effets négatifs (Europe, Asie) sont de facto plutôt avantageux pour la puissance américaine (désordre en Asie du Sud-Est qui est une pièce maîtresse pour la Chine). Idem en Europe (le dindon de la farce).

Le désordre voire le chaos économique sert les intérêts géopolitiques profonds américains car la puissance est toujours relative.

Si on ne peut plus soi-même grimper sur l’échelle alors il suffit de FAIRE DESCENDRE ses concurrents !

J’espère bien sûr me tromper. Un accord foireux pourrait être rapidement signé et tout le monde rentrerait à la maison, pour panser ses plaies.

Mais dans de cas là, la défaite de l’empire de l’Ouest serait consommée.

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Jeu iranien : mat par Bab el-Mandeb

Comment dit-on “échec et mat” en farsi ? Ca tombe bien, ce sont les Perses qui ont inventé l’expression !

Voici le récit officiel de la guerre au Moyen-Orient :

  • les Américains sont très intelligents, ils jouent aux échecs en 5D et ils sont les plus forts de la galaxie
  • les Iraniens sont des barbus avec des QI de lézard, qui vivent dans des caves (sans électricité, ni eau courante)

Or depuis le 28 février, nous voyons exactement le contraire.

Passons sur les escalades, à chaque fois mesurées, pratiquées par l’Iran, toujours en réponse aux actions et provocations israélo-américaines.

A mon sens, la preuve de l’intelligence iranienne se matérialise dans le détroit de Bab el-Mandeb contrôlé par les Houthis (leurs alliés).

Ces gens ont tenu la dragée haute aux Américains en perturbant la navigation commerciale (avec missiles et drones).

C’est extravagant, mais nous avons déjà oublié ! Ils ont commencé fin 2023 (en réponse à l’offensive israélienne à Gaza). Ils sont montés en puissance. De mars à mai 2025 Trump a même ordonné des bombardements massifs.

Puis il déclara victoire. Et un cessez le feu fut conclu. Et le sujet quitta nos écrans.

En réalité, les Houthis sont toujours là et ils possèdent toujours des missiles et des drones.

Rappelons que ces gens sont des guerriers, littéralement indestructibles. Guerre épouvantable au Yémen depuis des années menée par l’Arabie Saoudite… Impossible d’en venir à bout.

Un Yéménite c’est une mauvaise herbe, vivace, armée d’un fusil. Un truc qui vous mord le mollet et que vous ne pouvez pas supprimer.

Dans les années 60, les Yéménites bottèrent les fesses des Britanniques, les poussant à fuir et à abandonner leur protectorat.

La question brûle donc nos neurones : pourquoi n’ont-ils toujours pas bloqué le détroit de Bab el-Mandeb ?

Réponse : ils attendent, l’arme au pied. Et surtout l’ordre de Téhéran.

Inutile d’avoir fait Polytechnique option Couture pour comprendre que si Ormuz et Bab el-Mandeb sont bloqués en même temps, alors c’est la fin du monde. Grosso modo. 😉

L’expression est galvaudée, certes, mais pourtant pertinente dans ce cas de figure.

Ormuz = 20 millions de barils de pétrole par jour. Bab el-Mandeb = 8,6 millions (chiffres 2023) pour une consommation mondiale totale de 100 millions, dont 60 millions qui transitent par la mer.

L’Iran conserve donc cette carte par-devers lui, comme formidable dissuasion.

Si les Etats-Unis franchissent certaines lignes rouges (logiquement invasion du territoire national), les Houthis rentreront en action.

Oublions les scénarios hollywoodiens. Il faut en réalité TRES PEU DE CHOSES pour interrompre les flux. Quelques petits drones sur un ou deux tankers… tous les autres navires renonceraient à franchir le détroit.

Le jeu est limpide. Les Iraniens possèdent encore de véritables atouts. Et ils n’hésiteront pas à les utiliser, comme ils l’ont démontré depuis le 28 février.

Tout repose donc dans le camp israélo-américain. Difficile d’imaginer Tel Aviv agir seul, tant les enjeux sont globaux et colossaux. Ergo : projecteurs sur les Etats-Unis.

Et les Etats-Unis, c’est Donald Trump.

Voilà le danger.

Car le président américain est piégé. Il perd ses nerfs, lance des insultes, multiplie les menaces et les ultimatums farfelus.

Pour sortir du piège, il faut que l’Iran capitule. Et si l’Iran ne capitule pas, alors il faut anéantir le pays… pour obtenir sa capitulation.

Le cerveau de Trump est aujourd’hui littéralement un ruban de Möbius !

Alternative ? Déclarer la victoire durant un joli discours à la télé et se retirer sur la pointe des pieds.

C’était possible quelques jours après l’échec de la “frappe de décapitation”, le 28 février. Les Etats-Unis auraient pu déguiser leur défaite, la faire oublier. Cela aurait dû être le plan (si ces gens avaient été intelligents).

Aujourd’hui ? Gros doute.

Laisser l’Iran en position victorieuse avec le contrôle d’Ormuz (dont l’extraordinaire pouvoir est démontré physiquement depuis 1 mois) signerait la fin de l’impérium américain.

Pire encore : un Iran victorieux et étroitement associé à la Russie mais surtout la Chine… fatale double peine géopolitique.

Voilà pourquoi, les Américains perdent la raison, littéralement.

Il faudrait des trésors d’intelligence et de doigté diplomatique (ainsi qu’une opération de propagande d’ampleur mondiale) pour sortir de ce piège avec une solution négociée et retourner à la maison, panser ses plaies.

Echec et mat.