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Jeu iranien : mat par Bab el-Mandeb

Comment dit-on “échec et mat” en farsi ? Ca tombe bien, ce sont les Perses qui ont inventé l’expression !

Voici le récit officiel de la guerre au Moyen-Orient :

  • les Américains sont très intelligents, ils jouent aux échecs en 5D et ils sont les plus forts de la galaxie
  • les Iraniens sont des barbus avec des QI de lézard, qui vivent dans des caves (sans électricité, ni eau courante)

Or depuis le 28 février, nous voyons exactement le contraire.

Passons sur les escalades, à chaque fois mesurées, pratiquées par l’Iran, toujours en réponse aux actions et provocations israélo-américaines.

A mon sens, la preuve de l’intelligence iranienne se matérialise dans le détroit de Bab el-Mandeb contrôlé par les Houthis (leurs alliés).

Ces gens ont tenu la dragée haute aux Américains en perturbant la navigation commerciale (avec missiles et drones).

C’est extravagant, mais nous avons déjà oublié ! Ils ont commencé fin 2023 (en réponse à l’offensive israélienne à Gaza). Ils sont montés en puissance. De mars à mai 2025 Trump a même ordonné des bombardements massifs.

Puis il déclara victoire. Et un cessez le feu fut conclu. Et le sujet quitta nos écrans.

En réalité, les Houthis sont toujours là et ils possèdent toujours des missiles et des drones.

Rappelons que ces gens sont des guerriers, littéralement indestructibles. Guerre épouvantable au Yémen depuis des années menée par l’Arabie Saoudite… Impossible d’en venir à bout.

Un Yéménite c’est une mauvaise herbe, vivace, armée d’un fusil. Un truc qui vous mord le mollet et que vous ne pouvez pas supprimer.

Dans les années 60, les Yéménites bottèrent les fesses des Britanniques, les poussant à fuir et à abandonner leur protectorat.

La question brûle donc nos neurones : pourquoi n’ont-ils toujours pas bloqué le détroit de Bab el-Mandeb ?

Réponse : ils attendent, l’arme au pied. Et surtout l’ordre de Téhéran.

Inutile d’avoir fait Polytechnique option Couture pour comprendre que si Ormuz et Bab el-Mandeb sont bloqués en même temps, alors c’est la fin du monde. Grosso modo. 😉

L’expression est galvaudée, certes, mais pourtant pertinente dans ce cas de figure.

Ormuz = 20 millions de barils de pétrole par jour. Bab el-Mandeb = 8,6 millions (chiffres 2023) pour une consommation mondiale totale de 100 millions, dont 60 millions qui transitent par la mer.

L’Iran conserve donc cette carte par-devers lui, comme formidable dissuasion.

Si les Etats-Unis franchissent certaines lignes rouges (logiquement invasion du territoire national), les Houthis rentreront en action.

Oublions les scénarios hollywoodiens. Il faut en réalité TRES PEU DE CHOSES pour interrompre les flux. Quelques petits drones sur un ou deux tankers… tous les autres navires renonceraient à franchir le détroit.

Le jeu est limpide. Les Iraniens possèdent encore de véritables atouts. Et ils n’hésiteront pas à les utiliser, comme ils l’ont démontré depuis le 28 février.

Tout repose donc dans le camp israélo-américain. Difficile d’imaginer Tel Aviv agir seul, tant les enjeux sont globaux et colossaux. Ergo : projecteurs sur les Etats-Unis.

Et les Etats-Unis, c’est Donald Trump.

Voilà le danger.

Car le président américain est piégé. Il perd ses nerfs, lance des insultes, multiplie les menaces et les ultimatums farfelus.

Pour sortir du piège, il faut que l’Iran capitule. Et si l’Iran ne capitule pas, alors il faut anéantir le pays… pour obtenir sa capitulation.

Le cerveau de Trump est aujourd’hui littéralement un ruban de Möbius !

Alternative ? Déclarer la victoire durant un joli discours à la télé et se retirer sur la pointe des pieds.

C’était possible quelques jours après l’échec de la “frappe de décapitation”, le 28 février. Les Etats-Unis auraient pu déguiser leur défaite, la faire oublier. Cela aurait dû être le plan (si ces gens avaient été intelligents).

Aujourd’hui ? Gros doute.

Laisser l’Iran en position victorieuse avec le contrôle d’Ormuz (dont l’extraordinaire pouvoir est démontré physiquement depuis 1 mois) signerait la fin de l’impérium américain.

Pire encore : un Iran victorieux et étroitement associé à la Russie mais surtout la Chine… fatale double peine géopolitique.

Voilà pourquoi, les Américains perdent la raison, littéralement.

Il faudrait des trésors d’intelligence et de doigté diplomatique (ainsi qu’une opération de propagande d’ampleur mondiale) pour sortir de ce piège avec une solution négociée et retourner à la maison, panser ses plaies.

Echec et mat.

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